Solidarité texte de Ruth Azais

Le partage, le troc. Des compétences échangées, des savoir-faire mis en commun pour le bien de tous.
C’est très à la mode tout ça n’est-ce pas ? Pour certains c’est une philosophie de vie… Et ça prend tout son sens dans la situation d’aujourd’hui où nous sommes confrontés à nos limites. Du coup nous avons pour la première fois peut-être des courses qui sont livrées à la maison par le voisin, les médicaments par la pharmacie, la charcuterie par le charcutier, du fromage par le fromager… Les supermarchés rachètent les produits invendus des agriculteurs, les anciennes querelles entre fournisseurs et revendeurs sont pour le moment mises de côté. Les professeurs répondent aux questions de leurs élèves à tout moment de la journée par mail et même par téléphone. Même chose pour le client et le commercial ou le technicien… les anciennes barrières vie privée / vie professionnelle sont momentanément levées pour faire face à la crise, pour assurer la continuité pédagogique ou la survie de l’économie locale.

Certains osent parler d’une révolution et disent même que la vie ne sera plus jamais pareille après de telles expériences… nous serions dans un monde en pleine mutation sociale et l’avenir serait forcément plus beau. Mais certaines choses me font dire que non, pas vraiment, et je vais vous expliquer pourquoi.

D’abord l’Homme, dans l’histoire a souvent été capable de se surpasser dans des moments difficiles. On pourrait parler de la trêve de Noël du 24 décembre 1914. Ou, plus proche de nous, de l’attaque terroriste du Thalys Amsterdam-Paris le 21 août 2015 évitée par l’action héroïque de touristes américains. De nombreuses vies sauvées sans doute. Certains parleront de bravoure et de chance, d’autres y verront la main de Dieu. Je vous laisse choisir votre interprétation personnelle qui vous correspond. Mais après la trêve de Noël, la guerre a repris. Et après l’euphorie de l’exploit des héros américains, d’autres attaques terroristes ont été commises, d’autres innocents ont perdu la vie…

Ensuite l’entraide est-elle vraiment si nouvelle que ça ? Existe-t-elle seulement dans la société qui serait en train de muter aujourd’hui ? Je ne le pense pas et là je vais parler de mon expérience personnelle. Lorsque mes enfants étaient jeunes j’ai fait le choix d’être mère au foyer ; entre autres, je voulais élever des enfants bilingues, chez la nounou elles auraient moins parlé anglais ! Mais on a fait des sacrifices, seulement un salaire, on vivait dans une maison sans jardin. Quand mes enfants étaient encore à la maternelle, j’ai rencontré un groupe de mamans qui avait toutes un beau jardin. Certaines avec une belle vue comme il y en a tant à Crest. D’autres même avec une belle piscine. Nous avons fait du troc : les enfants jouaient ensemble dans le jardin et puis je leur donnais des cours d’anglais adaptés aux petits. Je garde de bons souvenirs de longues soirées d’été au bord de la piscine qui se terminaient même parfois par un barbecue ! Je profite d’ailleurs ici pour remercier les familles concernées. Des familles Crestoises de longue date, d’autres plus récentes. C’était il y a plus de 15 ans déjà mais elles se reconnaîtront… L’une de ses mamans-là continue cette entraide encore aujourd’hui de façon très concrète et dans des circonstances différentes et bien plus difficiles, elle est animatrice à St Anne…

Enfin, l’homme aujourd’hui continue dans les circonstances difficiles à vouloir trouver un bouc émissaire. Face à la souffrance humaine, au deuil, la colère est normale… l’homme est programmé psychologiquement pour la survie. Mais est-ce que pour autant nous devons penser que le virus est le fruit d’un complot ou le résultat seulement d’une mauvaise gestion des ressources de notre planète ? Ne ferions nous pas mieux de reconnaître que même dans notre société moderne avec tous les progrès de la technologie et de la médecine, nous ne savons pas tout contrôler, tout maitriser ? Comment, en effet, réconcilier le besoin de ralentir l’épidémie pour pouvoir mieux la traiter avec le fait que le seul moyen de contrôler la maladie à long terme serait l’infection puis l’immunisation d’un plus grand nombre de la population ? Comment savoir garder un minimum l’activité économique pour assurer la reprise de notre économie et, par conséquent la survie de notre système de santé, tout en protégeant la population des risques de la maladie ? Ce sont des questions difficiles auxquelles il y a de multiples réponses. Même aujourd’hui l’homme n’a pas toujours la réponse idéale à tous les problèmes.

Une chose est sûre. Pour gérer notre société actuelle nous avons besoin de cadre, de structures sociales, de hiérarchies, de personnes expérimentées et responsables. La gestion de la crise actuelle est impossible dans un monde d’anarchie ou d’irrespect pour les pouvoirs en place, dans une France insoumise. Alors respectons les consignes qui nous sont données et restons chez nous. Mais je crois que ça, tout le monde commence à comprendre…